« Les Chroniques de Zorro » – L’ombre du Z

Les vacances scolaires sont toujours très attendues par les enfants. C’est l’occasion pour eux de se vautrer devant la télé. Les chaînes de télé l’ont très bien compris et les vacances sont des périodes particulièrement riches en nouveaux dessins animés et en inédits. Souvenez-vous de Lolirock ou de Super 4, diffusés l’année dernière pendant les vacances de Toussaint, de Grandes grandes vacances (diffusés pendant les dernières vacances de Pâques). Sans parler de Miraculous sur TFou dont j’ai longuement parlé dans l’article précédent.

Il était évident que la concurrence n’allait pas se contenter de recycler des vieilles séries. En effet depuis le dimanche 18 octobre, sur France 3, les téléspectateurs ont pu assister au retour d’un personnage mythique, qui n’a pas connu de nouvelles aventures depuis un paquet de temps : il s’agit des Chroniques de Zorro, un tout nouveau dessin animé français, qui tente de rajeunir le mythe et de séduire le jeune public d’aujourd’hui qui connait très mal ce personnage culte.

Zorro_doublepage

Fiche technique

Les Chroniques de Zorro sont une série d’animation française, produite par Cyber Group Studios (qu’on commence à bien connaître sur le blog pour avoir été derrière Zou ou les Mini Ninjas). Ce dessin animé est réalisé par Olivier Lelardoux (réalisateur de Zou), d’après la bible graphique de George Bouchelaghem et Christophe Rendu. La bible littéraire est quant à elle écrite par Pierre Sissmann et Annabelle Perrichon (qui est également la directrice d’écriture).

Cette série compte pour le moment une saison de 26 épisodes de 22 minutes. Le premier épisode (que j’ai pu voir en avant-première quelques semaines avant sa diffusion) était diffusé en exclusivité mondiale le dimanche 18 octobre 2015 sur France 3, dans Ludo, son émission jeunesse.

Il s’agit d’une série d’animation 3D CGI plutôt classique avec des décors vraiment très soignés. On sent le travail de recherches pour apporter un souci d’authenticité : la ville de Los Angeles, l’hacienda de la famille de la Vega, les paysages semi-désertiques la Californie espagnole fourmillent de détails. Reste que j’ai un peu de mal avec le charac-design qui rappelle beaucoup celui de certains jeux vidéo. Mais les personnages sont plus convaincants et plus agréables en mouvement qu’en images fixes. C’est plutôt bien réalisé avec de bonnes scènes d’action même si elles m’ont donné une impression bizarre : Zorro manque de  consistance et de volume dans certains combats qui manquent d’impacts. Certes ça correspond au personnage qui n’use jamais de violence pour blesser ou tuer, mais du coup on a l’impression d’assister à des bagarres de cours de récré où les épées se touchent à peine.

Les doublages sont plutôt sympathiques et dans la moyenne des productions françaises actuelles. On retrouve dans le rôle de Zorro le comédien Valéry Schatz et dans celui d’Inès l’actrice et présentatrice Sandra Lou.

La légende de Zorro

Avant de parler de l’histoire, j’aimerais qu’on revienne un peu sur Zorro. Ce personnage mythique a été créé en 1919 par Johnston McCulley (1883-1958), un écrivain américain très prolifique. Zorro apparait pour la première fois dans le roman The Curse of Capistrano, qui est réédité quelques années plus tard sous le titre The Mark of Zorro, ou le Signe de Zorro en VF. Ce roman a été très rapidement adapté en film dès l’année suivante. Et devant le succès du film, son auteur a dû écrire la suite de ses aventures, soit plus d’une soixantaine de livres au total.

Un peu comme Sherlock Holmes ou Tarzan, Zorro est l’un des personnages de fiction les plus présents et les plus adaptés. C’est le héros d’un nombre considérable d’œuvres : outre les romans écrits par Johnston McCulley, il y a eu une quarantaine de films (les plus marquants pour moi étaient les derniers réalisés par Martin Campbell avec Antonio Banderas et Catherine Zeta-Jones mais aussi celui assez médiocre avec Alain Delon).

De ce film, évidemment je n'ai retenu que Catherine Zeta-Jones pour des raisons inexpliquées

De ce film, évidemment je n’ai retenu que Catherine Zeta-Jones pour des raisons inexpliquées

L’adaptation la plus connue est bien évidemment la série télévisée produite par Disney à la fin des années 1950 avec Guy Williams (qui restera pour beaucoup le vrai Zorro) mais surtout l’inoubliable sergent Garcia.

N'empêche que le sergent Garcia aura survécu jusqu'au bout des 78 épisodes de la série !

N’empêche que le sergent Garcia aura survécu jusqu’au bout des 78 épisodes de la série !

Et j’ajouterais avec un peu de perfidie que si cette série a autant marqué les esprits c’est surtout parce qu’elle été rediffusée quasiment autant que la Petite Maison dans la Prairie sur diverses chaînes de télé en France, dans sa version en noir et blanc puis dans une version recolorisée.

On passera rapidement sur les 3 autres séries TV  (dont une telenovela colombienne) que je ne connais pas du tout. Et je ne m’attarderais pas non plus sur les quelques dessins animés sur Zorro dont une production italiano-japonaise dans les années 1990 ou encore une version du plus mauvais goût avec un Zorro futuriste qui se bat sur une moto et un sabre laser.

Quand on croit qu'on a atteint le fond de la cuvette...

Quand on croit qu’on a atteint le fond de la cuvette…

eslatele.com.wp-content.uploads.2010.01.Zorro_Generation_Z_320

Il y en a toujours pour rappeler qu’on peut aller plus loin et racler les profondeurs des égouts.

C’est un personnage qui a eu son heure de gloire : il a notamment inspiré pas mal d’histoires et de personnages, dont le plus notable est Batman. Même si ma version préférée reste celle des Nuls.

Histoire

Diego de la Vega est le fils du notable Don Alejandro de la Vega et de Taïpurnia, la princesse de tribu indienne des Chumash.

Après des années en Espagne où il est parti faire ses études (et où il a appris avec brio le maniement des armes), Diego rentre au pays d’où il reçoit des nouvelles alarmantes : le nouvel officier de la garnison, le tyrannique commandant Monasterio, rançonne les habitants de Los Angeles avec des impôts mirobolants et enferme les opposants ou les mauvais payeurs.

Sur le bateau du retour, Diego décide de faire quelque chose : le jour, il se fera passer pour un étudiant peureux et oisif alors que la nuit, il deviendra Zorro, un justicier masqué tout de noir vêtu qui luttera contre l’injustice.

chroniques-de-zorro-5

Il sera aidé pour cela par Bernardo, son ami d’enfance, redoutable lutteur et excellent bretteur, muet mais qui se fera passer pour sourd afin d’espionner plus facilement les gens. Mais également par Ines de la Vega, la sœur jumelle de Diego, jeune femme intrépide qui est l’une des seules à connaître l’identité de Zorro.

zorro1

On est en terrain connu dans cette nouvelle adaptation de Zorro : la trame est la même que celle de la vieille série des années 50 qui passe en boucle sur France 3 : Zorro combattant l’injustice et les troupes menées par l’inénarrable Sergent Garcia.

Le valeureux sergent Garcia

Le valeureux sergent Garcia

Pourtant, histoire de moderniser la série, les Chroniques de Zorro proposent des nouveautés notables. Tout d’abord les personnages ont été réécrits : Bernardo, par exemple, n’est pas le serviteur chauve et maigrichon tel qu’on l’a toujours connu, mais un grand gaillard tatoué qui ne se laisse pas facilement intimider. Et de nouveaux personnages apparaissent dont le plus important est la sœur jumelle de Diego, un personnage féminin fort qui manquait terriblement dans les adaptations précédentes où les personnages féminins étaient surtout des princesses à sauver.

zorro_2

Mais il y a également le fait que Diego et Inès sont par leur mère à moitié chumash. Et cet aspect sera important dans le reste de la série avec notamment Taïnah, la grand-mère des jumeaux et chamane de la tribu.

Je n’ai vu que le pilote, ce qui est bien peu pour donner mon opinion sur la trame générale. J’ai eu par le dossier de presse la description des 5 premiers épisodes et il ne semble pas y avoir un gros fil rouge ou beaucoup d’éléments feuilletonesques. Mais bien sûr je peux  me tromper et la série évoluera peut-être avec des intrigues qui se recoupent à la fin. Je le souhaite très sincèrement, mais pour l’instant, ce n’est pas vraiment le cas.

Mais le pilote pose d’emblée la situation et présentent bien les personnages. Même un peu trop vite à mon goût : entre le moment où Diego arrive en Californie et décide d’agir et la première apparition de Zorro, s’est écoulée à peine une journée. Du coup, on se demande d’où sort Tornado mais surtout le costume qui semble avoir été confectionné magiquement. A moins que son plan a été mûrement réfléchi depuis l’Espagne, mais ce n’est pas très clair. L’avantage, c’est qu’on ne perd pas de temps et qu’on entre directement dans l’histoire.

PHOe7687f8c-7321-11e5-93be-34ab304b4cad-805x453

Mais ça n’a pas semblé gêner Fiston qui depuis le générique avait hâte de voir Zorro en action. D’ailleurs Fiston ne connaissait pas encore le personnage (que je lui ai présenté rapidement) mais il a tout de suite compris son caractère et sa mission et s’y est vite attaché.

Conclusion

N’ayant vu que le pilote, écrire un article sur les Chroniques de Zorro semble un peu précipité. Mais le pilote est déjà très instructif.

Même si j’ai un peu de mal avec le charac-design que je trouve un peu vieillot, la réalisation est très soignée avec de superbes décors dignes des plus beaux westerns. Les scènes d’action sont virevoltantes et rappellent les vieux films de cape et d’épées.

chroniques-de-zorro-6

Deux choses qu’on ne voit quasiment plus dans un dessin animé occidental. D’ailleurs le choix du personnage de Zorro peut surprendre. Même si la vieille série des années 1950 passe en boucle sur France 3 les samedis soirs, ce n’est pas vraiment un personnage à la mode ou qui parle aux enfants d’aujourd’hui. La dernière adaptation vraiment intéressante date de 2005 avec la Légende de Zorro, le deuxième film avec Antonio Banderas et Catherine Zeta-Jones. Et ce ne sont sûrement pas les quatre précédents dessins animés tous horriblement mauvais (entre l’adaptation à la sauce manga ou le Zorro sur la moto futuriste et son sabre laser) qui me contrediront ! Probablement parce qu’ils s’éloignaient trop du personnage et de l’essentiel.

ZorroChronicles-01

Malgré les nouveaux personnages (dont la plus notable est Inès) ou une réécriture des origines indigènes de Zorro (un truc plutôt intelligent, je trouve), cette nouvelle adaptation est paradoxalement l’une des plus respectueuses. On retrouve bien entendu les personnages connus comme Don Alejandro, le père de Diego et d’Inès, Bernardo (qui a bien changé dans cette nouvelle version), l’horrible Commandant Monasterio et bien sûr le sergent Garcia, qui dans le pilote manque encore un peu d’envergure. Mais surtout dans les Chroniques de Zorro, par rapport aux précédentes adaptations, on retrouve ce qui fait l’essence du personnage : l’héroïsme et l’humanisme. Les méchants sont vraiment méchants et cruels et c’est un plaisir jubilatoire de les ridiculiser par le héros qui signe toujours d’un Z.

C’est agréable en cette période de morosité ambiante de trouver après Miraculous, un autre dessin animé positif qui insiste sur la notion d’héroïsme sans cynisme ou ironie. Ces deux dessins animés sont d’ailleurs assez proches dans leur philosophie : il s’agit avant tout d’une série d’aventure dont les héros qui ne triomphent pas uniquement par la force mais par leur astuce et leur force morale.

zorro_3

Avec les Chroniques de Zorro, les auteurs ont remis sur le devant de la scène un personnage de fiction mythique qui a été éclipsé par d’autres successeurs qui s’en étaient pourtant réclamé (le plus connu est bien entendu Batman, dont le créateur Bob Kane a reconnu s’en être largement inspiré). Mais surtout ce dessin animé a permis de dépoussiérer le mythe et de montrer que même si Zorro est né en 1919 de la plume d’un auteur qui n’a pas la notoriété qu’il mérite, c’est un personnage fort et qui peut encore être moderne, cool mais surtout parler aux enfants d’aujourd’hui.

Advertisements

7 réflexions au sujet de « « Les Chroniques de Zorro » – L’ombre du Z »

  1. J’ai lu ta chronique jusqu’au bout, preuve que tes « trucs » pour les gosses peuvent parfois m’intéresser. Mais bon, tu parles de Zorro, toute ma jeunesse (enfin, presque). D’ailleurs, pour moi, il n’y en a qu’un seul, Guy Williams, et une seule série, celle de Disney. Mais grâce à ton texte, j’ai appris plein de choses sur Zorro et j’ai même pu voir la parodie des Nuls que j’avais ratée en son temps. Merci 🙂

  2. Merci pour cette découverte, je vais essayer d’y jeter un oeil.
    Un petit détail : l’idée de faire de Diego de la Vega un métis, fils d’un guerrière indienne, n’est pas des scénaristes de cette série, mais cela vient du roman écrit il y a une dizaine (quinzaine?) d’années par Isabel Allende (oui, la fille du président assassiné) : http://www.babelio.com/livres/Allende-Zorro/13367
    Contente qu’ils aient repris cette idée. Faudra que je fasse découvrir cette série aux plus jeunes!

  3. Ping : « Les Pyjamasques  – Les soucis, ils les règlent la nuit ! | «Tu auras les yeux carrés

  4. Bonjour, j’ai 16 bientôt et je connais la série qui passe sur france 3 depuis un moment, et bien sur j’adore Zorro et pour moi il n’en existera un seul Guy William mais grâce a toi j’ai compris qu’il n’y avais pas que lui, que d’autre série et film ont été fait. Merci pour ton information

Laisser un commentaire.

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s