« Lucie raconte l’Histoire » – L’histoire à portée d’ailes ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé l’histoire, ma matière préférée à l’école. J’ai eu la chance d’être tombé sur des enseignants motivés et passionnés qui la racontaient de façon intéressante. Quand j’ai entendu parler d’une série pédagogique sur Arte qui parlait d’histoire aux enfants, j’ai tout de suite été intrigué. J’ai pu voir deux épisodes de Lucie raconte l’Histoire qui ne manque pas d’intérêt, malgré des défauts que je vais évoquer.

050266-003_gml-europa_01-1414406711607

Production

Lucie raconte l’Histoire est une série documentaire réalisée par Cécile Taillandier et produite par C Production Chromatique et les chaînes régionales bretonnes TVR, Tébésud et Tébéo, avec la participation d’Arte et le soutien du Centre National du Cinéma et de l’image animée.

Elle compte 10 épisodes de 26 minutes et est actuellement diffusée tous les dimanches matins sur Arte. Ça s’adresse plutôt aux enfants de primaire, à partir de 7 ans, selon le dossier de presse. Il s’agit, même si les auteurs et le dossier de presse s’en défendent, d’une série de documentaires pédagogiques sur le thème de l’histoire plutôt européenne.

Lucie_histoire_arte

On découvre au fil des 10 épisodes l’histoire de l’Europe, de la Préhistoire à la Construction européenne, en passant par le Moyen-Âge ou la Révolution française. Ce sont des documentaires en prises de vue réelle, avec quelques scènes d’animation mais surtout un personnage en image de synthèse 3D, Lucie la luciole, à la présentation.

Le concept

On suit donc Lucie, un personnage créé en 2000 par Patrick Chiuzzi, pour intéresser les enfants aux sciences ou à l’histoire. Dans cette nouvelle série, Lucie est désormais un personnage en image de synthèse avec une 3D, qui a une montre connectée qui lui permet d’aller sur une sorte de Youtube et de faire des recherches. Mais aussi de la faire plus ou moins voyager dans le temps. Bref l’Apple Watch et l’Android Wear peuvent retourner se coucher !

Lucie va à la rencontre de différentes classes d’enfants de primaire pour parler d’histoire. On assiste à des cours d’histoires dans de vraies classes. Les échanges entre les enfants et les instits sont plutôt frais et spontanés et présentent l’intérêt principal de cette série. Ces séquences introductives permettent de replacer des grandes dates ou des grands événements sur une frise chronologique en rapport avec le thème de l’épisode.

L’un des intérêts est d’avoir un point de vue européen de l’histoire et pas uniquement national. Ainsi les guerres mondiales seront évoquées aussi du côté allemand, par exemple.

De la rencontre avec les enfants, une problématique est posée sous forme d’énigme historique et Lucie va enquêter dessus en allant visiter les grands musées archéologiques ou historiques d’Europe. Ainsi a-t-on eu pour la Préhistoire la question des outils, ainsi que la présentation et la visite du Musée de l’Évolution Humaine et le site archéologique d’Atapuerca, à Burgos en Espagne. Et pour l’épisode sur le Moyen-Âge où Lucie se pose la question des Chevaliers Teutoniques et se rend au Musée d’Histoire Allemande à Berlin.

L’épisode se conclut en général après un entretien avec une journaliste et rédactrice de la revue Histoire junior, aux éditions Faton.

Avis

Le dossier de presse insiste énormément sur le sérieux de cette série documentaire et sur le fait qu’il respecte les programmes scolaires. Lucie raconte l’Histoire a bénéficié  effectivement de l’expertise scientifique d’un historien, Philippe Joutard, qui a été ancien Recteur d’Académie et auteur des programmes de l’école primaire de 2002. Mais également de la collaboration de la revue Histoire junior, dont on voit dans chaque épisode une des rédactrices nous parler de certains thèmes.

C’est plutôt intéressant et instructif. J’aime beaucoup les séquences filmées dans les classes où on assiste à des leçons d’histoire prodiguées par des profs motivés qui arrivent à expliquer de façon simple des concepts à leurs élèves. Dans l’épisode sur la Préhistoire (Lucie et Lucy), par exemple, l’institutrice avait notamment déroulé une pelote de laine à travers la classe comme frise chronologique sur laquelle les élèves épinglaient des événements marquants comme la découverte du feu ou la fin de la paléolithique. C’était à mes yeux génial comme façon de le montrer la chronologie !

Autre séquence vraiment sympa, celle dans les musées. On suit en général une classe qui visite le musée en question avec un guide conférencier qui leur explique et leur montre des choses. Toujours dans l’épisode sur la Préhistoire, le guide de la Fondation Atapuerca de Burgos montrait concrètement aux enfants comment les hommes préhistoriques vivaient. Il allumait un feu devant les élèves, leur montrait comment chasser avec de vrais arcs et lances, peignait sur les murs et les faisait participer dans chacune de ces activités. Une façon vivante et simple de rendre intéressante une discipline qui peut paraître abstraite que l’histoire. J’adorerais que mes enfants rencontrent des enseignants aussi motivés et imaginatifs dans leur scolarité.

lucie

Cependant Lucie raconte l’histoire a trois gros soucis.

Premier problème, cette série est lente et molle. Les épisodes, que j’ai pu voir, souffrent d’un manque de rythme et d’énergie en plus d’être entrecoupés de scènes à vocation humoristiques mais inutiles avec Lucie. J’ai eu l’impression de regarder les très vieux documentaires pédagogiques rébarbatifs qu’on passait en classe dans les années 90. Si les sujets sont intéressants, les épisodes sont peut-être trop longs et se perdent dans des scènes qui sont censées amuser mais ratent complètement leur cible. Je ne comprends pas que les auteurs aient oublié l’essentiel : ils s’adressent à un public d’enfants dont l’attention doit être maintenu. Du coup, je ne sais pas si les enfants vont faire l’effort de rester jusqu’au bout sans être tentés de zapper alors qu’il y a les concurrences frontales de TFou ou de Ludo.

Ensuite, j’ai constaté quelques soucis de clarté et de cohérence dans le principe même du documentaire : résoudre des énigmes historiques. Lucie est censée enquêter sur certaines questions à la demande de la classe d’enfants qu’elle rencontre au début. Mais à aucun moment, elle ne retourne les voir pour leur donner la réponse. Elle fait certes un résumé rapide de ce qu’elle a vu durant l’épisode, mais c’est beaucoup trop court et pas assez développé. Ce qui entraîne un autre problème que j’ai remarqué. Je ne suis pas pédagogue, mais il manque une vraie synthèse à la fin de l’épisode pour rappeler les points clés. On s’attendrait à ce que l’entrevue à la fin de l’épisode avec la journaliste d‘Histoire junior fasse un résumé ou un rappel. Mais pas du tout, cette entrevue parle de totalement autre chose. Dans l’épisode sur le Moyen-Âge (Sainte Lucie), l’entretien avec la journaliste répond certes à une question posée un peu avant, mais c’est complètement éclipsé par le truc annexe : la journaliste est en train de réaliser un jeu de 7 différences entre deux photos, qu’on ne verra jamais, d’un tableau ,qui a été montré furtivement. J’ai l’impression qu’il me manque quelque chose, comme un cahier pédagogique qui accompagnerait cet épisode.

Enfin, le dernier et le plus gros problème, c’est le personnage de Lucie totalement raté. Le design initial n’est à la base pas très gracieux mais le passage à la 3D est assez catastrophique et indigne de ce qu’on peut faire en 2014. On aurait dit les personnages virtuels tels qu’on pouvait les concevoir dans les années 90, à mi-chemin entre Hugo Délire et Bill du Bigdil. Si ça peut peut-être passer auprès de très jeunes enfants, n’oublions pas que cette série s’adresse aux enfants à partir de 7 ans, déjà habitués aux personnages en 3D.

lucie_raconte1

Qui plus est, Lucie ne sert à rien. Ses interventions sont inutiles voire crispantes : dès qu’elle apparaît dans les classes ou dans les visites de musée, le naturel et la spontanéité s’envolent. Sans parler des petites scènes où Lucie s’imagine être projetée dans le passé, qui sont loupées et hors sujet et n’apportent rien. Selon moi, ces documentaires gagneraient énormément sans sa présence. Pour une série qui porte son nom, avouez que c’est ballot !

J’ai l’impression que pour les épisodes que j’ai pu voir, il manquait des scènes ou que j’ai eu des versions de travail pas finalisées. Mais c’est pourtant une série qui semble sincère et pleine de bonnes intentions avec des thématiques intéressantes. Les scènes dans les classes ou les visites dans les musées sont passionnantes et sont heureusement le cœur de cette série. Malheureusement si le fond est intéressant, la forme et la réalisation ne suivent pas.

Sur le papier, le concept était brillant et Lucie pleine de promesses : intéresser les enfants à l’histoire de façon ludique et amusante. Mais ce n’est pas parce qu’on met en scène des enfants et une mascotte qui en fait de tonnes que ça va leur plaire. Je suis sévère, mais c’est parce que je m’attendais à mieux. C’est dommage car il y a de belles choses à garder !

 

Advertisements

Laisser un commentaire.

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s