« Lou, Journal Infime » – Tout le monde dit « I love Lou ! »

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de varier mes articles, mais surtout de vous parler du dernier film que je suis allé voir au cinéma. Ce ne sera pas un article très objectif. Je l’avoue, j’ai deux défauts qui feront que je ne serai jamais un critique crédible : j’ai l’enthousiasme trop facile et j’ai un cœur de midinette. Oui, je suis généralement bon public. Je pardonne facilement les défauts et je m’emballe vite. Lou, Journal infime est de ces films pas tout à fait parfaits, mais frais et sympathiques pour lesquels j’ai eu un coup de cœur immédiat.

D’autant plus qu’il s’agit d’une comédie familiale qui s’adresse à un public d’ados et de pré-ados, adaptée d’une célèbre bande dessinée à succès. Il a donc tout à fait sa place dans ce blog.

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Un succès de librairie

Lou ! est à la base une série de bandes dessinées créée par Julien Neel (qui est aussi le réalisateur du film), parue chez Glénat dans la collection Tchô !, du nom du Megazine de BD jeunesse où Lou ! est prépublié avec entre autres Titeuf de Zep ou Nini Patalo de Lisa Mandel, qui ont été adaptés en dessins animés.

Lou ! compte aujourd’hui 6 volumes (l’auteur en prévoit 8 au total). Le premier volume, intitulé Journal infime est paru en 2004. Si les premiers volumes étaient dans la formule un gag par page, la série évolue pour composer une histoire plus complète avec une ligne directrice. Un peu comme Harry Potter, chaque album correspond à une année de la vie de Lou. Il y aurait de quoi écrire des articles entiers pour chaque volume de Lou !, mais ce n’est pas le sujet ici. Je vais me contenter de vous en parler aussi brièvement que possible.

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Lou est une jeune fille toute blonde et toute mignonne qui a 12 ans au début de la série. Cette série de BD est censée être son journal intime. Et c’est par ce biais qu’on va découvrir son univers fantasmé et poétique, à la fois proche et indéfinissable.

Lou est une ado assez atypique, un peu étrange et rêveuse et d’une grande créativité à laquelle tout le monde peut s’identifier. C’est un personnage attachant qui a des réflexions d’adulte et des comportements plutôt raisonnables. On la voit grandir au fil des volumes, à travers ses relations avec ses copines, ses premiers émois amoureux (où Tristan dont elle est amoureuse depuis la maternelle en est de centre de gravité) ou encore ses relations très fusionnelles avec sa mère avec qui elle vit seule depuis que son père les a abandonnées à sa naissance.

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Sa mère (dont le nom n’est jamais dévoilé dans la BD, mais qui s’appelle Emma dans le dessin animé et le film) est l’autre personnage principal. C’est une sorte d’ado attardée bordélique et très geek, au look improbable avec ses grosses lunettes et son pull sans forme. Au cours de la série, elle devient une auteure de SF (de space opera même !) à succès avec les aventures de Sidéra. Dans le 1er tome de la série, elle tombe sous le charme du nouveau voisin, Richard avec qui elle aura une relation amoureuse. Avant que lui aussi ne la quitte avant la naissance de leur fils, le petit frère de Lou, Fulgor.

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Julien Neel a un vrai don pour écrire ses personnages attachants et profonds. Ils ne sont pas monolithiques et arrivent toujours à nous surprendre. La grand-mère de Lou, qui apparaît assez vite comme une vieille acariâtre qui passe son temps à râler, est au final est un très beau personnage, capable d’élans de générosité et de tendresse qu’elle cache sous son masque et ses bocaux de choux de Bruxelles. Il en va de même pour des personnages plus secondaires comme K-rine, une sorte de petite racaille des cités au langage fleuri, qui s’avère être l’un des personnages les plus réfléchis et les sensés de la série et qui est celle avec qui Lou partage le plus de choses.

Le dessin de Julien Neel est assez agréable, tout en simplicité et en rondeur mais il est surtout aidé par une très belle colorisation tout en aplats de couleurs pastels. C’est très joli et efficace et ça donne une ambiance à la série.

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Les 4 premiers volumes (dont le film est plus ou moins adaptés) forment un ensemble cohérent : il s’agit d’une période lumineuse et innocente de l’adolescence qui est bien retranscrit et qui, probablement à tort, en fait une BD qu’on aura vite fait de catégoriser parmi les BD pour filles. En effet, il est question de chat trop mignon, de copines et des amours. Certes, il y aura des crises (comme le formidable Cimetière des Autobus) mais l’ensemble est tendre, léger et aérien.

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Le tome 5 Laser Ninja aborde des thèmes plus adultes. Il commence par l’incendie de l’immeuble de Lou où elle perd littéralement et métaphoriquement le cocon de son enfance. En parallèle au récit de la jeunesse de sa mère qu’elle découvre à travers le journal intime de cette dernière, Lou est confrontée à ses sentiments pour Tristan mais aussi à la nouvelle grossesse de sa mère puis à la fuite de Richard. Ce tome 5 est un très bel album bien plus doux-amer que les précédents. La jeunesse de la maman est très bien racontée et très émouvante. Le dessin et la colorisation à la main, me semble-t-il, apporte une touche plus organique. Une vraie réussite.

C’est pourquoi le tome 6 était très attendu par les fans après 3 ans d’attente. Ce tome 6 (L’âge de cristal) est quant à lui très à part, l’auteur ayant pris le parti de faire quelque chose de radicalement différent et totalement déroutant au point de s’aliéner les fans de la première heure. On retrouve une Lou plus âgée dans un univers futuriste avec des éléments de science-fiction. C’est un album assez bizarre encore plus que les précédents. En voulant souligner l’absurdité du passage à l’âge adulte, Julien Neel multiplie les métaphores et les symboles. Un peu trop peut-être. Le récit est difficile à suivre, on a du mal à reconnaître les personnages. C’était une déception pour beaucoup de gens.

Personnellement, je salue le courage et l’envie de l’auteur de vouloir essayer autre chose. Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que cette initiative est assez égoïste. Pourtant je n’arrive pas à détester ce tome 6. Mais j’espère qu’on aura des explications dans le prochain album.

Lou ! reste un énorme succès éditoriale. Cette BD a eu droit à une série animée que je n’ai pas eu l’occasion de voir (juste des bouts). Mais il semblerait que si Julien Neel y a contribué, il n’en a pas été totalement satisfait. D’où l’envie d’essayer autre chose comme adapter ses personnages sur grand écran.

Fiche technique

Il s’agit d’une comédie française de 104 minutes, réalisée par Julien Neel dont le tournage a débuté en octobre 2013 et s’est achevé en janvier 2014. Ce film est produit conjointement par Move Movie, Studio Canal, France 2 Cinéma et Cinéfrance 1888. Le film est sorti en France le 8 octobre 2014.

Le scénario du film reprend plus ou moins les 4 premiers volumes de la série. Le synopsis officiel est :

Lou est une jeune fille créative et rêveuse d’une douzaine d’années. Elle vit seule avec sa mère, Emma, qui a mis de côté sa vie de femme ces dernières années pour se consacrer à l’épanouissement de sa fille. Leur cocon confortable cache malgré tout quelques failles : Emma stagne et glisse doucement vers la mélancolie alors que Lou est obnubilée par Tristan son petit voisin, délaissant sa bande de copains… Leur bulle éclate alors qu’Emma entame une renaissance amoureuse et qu’un premier baiser fait rentrer Lou dans les années enivrantes de l’adolescence.

Le fait que c’est l’auteur lui-même qui est à la tête du film est plutôt rassurant : en effet, l’univers graphique est respecté et les personnages sont fidèles au matériel de base.

Au casting, on trouve dans le rôle-titre la jeune Lola Lasseron, mais aussi Ludivine Sagnier qui joue la mère de l’héroïne, Kyan Khojandi dans le rôle de Richard et Nathalie Baye dans le rôle de la grand-mère.

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Il faut souligner le travail fantastique des équipes techniques, notamment la direction artistique du film que ce soit dans les décors ou dans les costumes. Il y a un sens du détail assez vertigineux dans les décors (la pizzeria de Gino est fantastique !) ou dans les costumes. Mais je vais y revenir, c’est l’un de mes coups de cœur du film.

La bande-son composée par Julien Di Caro (qui a aussi travaillé sur le dessin animé de Lou !) est un petit bijou. Des musiques d’ambiance très 70’s aux moments de bravoure comme la Danse de la Joie, en passant par le superbe générique de fin, la BO de Lou est fabuleuse. Probablement ma BO préférée depuis Lost in Translation.

Une adaptation réussie ?

Je vais commencer par la fin : je suis sorti enchanté par ce film. Je l’attendais depuis que j’ai assisté en direct à son annonce officielle, lors d’une rencontre-dédicace de Julien Neel à la FNAC, à l’occasion de la sortie du 6e album en 2012.

Lola Lasseron et Julien Neel

Lola Lasseron et Julien Neel

J’ai particulièrement aimé la direction artistique du film qui m’a impressionné. Il y a un souci du détails dans les décors ou les costumes absolument dingues ! Il y a un nombre invraisemblable de petites babioles qui ne servent à rien mais qui sont là pour apporter un supplément d’âme aux décors, que ce soit dans l’appartement de Lou ou chez Gino, la pizzeria avec une décoration de resto chinois en carton pâte délicieusement ringarde. L’esthétique du film, complètement hors du temps, me rappelle un peu le concept de formica punk énoncé par Boulet dans l’une de ses Notes. Le monde de Lou donne une impression assez réconfortante et apaisante. Le tout accompagné par une très belle bande-son.

Surtout cette direction artistique, si ce n’est pas tout à fait celle de la BD, est totalement dans l’esprit. Globalement, ce film est fidèle à son matériel de base. On retrouve l’histoire et les personnages mais aussi le grain de folie et la poésie de la BD : de Mr Juice au chat, en passant par la géniale scène de la Danse de la joie. Sans oublier les séquences en dessin animé des aventures de Sidéra, réalisées par Catfish Deluxe et que j’adorerai voir adapté en vrai sur écran. Les fans de la BD verront retrouveront pleins de petits clins d’œil.

La Danse de la Joie !

La Danse de la Joie !

La réalisation est correcte, sans esbroufe ni de plan compliqué. Le film souffre peut-être d’un manque de rythme vers les 2/3 du film. Il est peut-être un peu trop long (plus d’1h40 tout de même) mais le public assez jeune de la salle n’avait pas l’air de s’ennuyer.

Je serais plus mitigé concernant les acteurs. J’ai été agréablement surpris par la jeune Lola Lasseron qui est assez parfaite dans son personnage. On s’y attache assez vite et elle a une belle présence à l’écran. Le reste de jeunes acteurs jouent plutôt bien et l’acteur qui joue Tristan arrive à me rendre le personnage sympathique. En revanche, si la transformation des acteurs dans leurs personnages est assez bluffante (Ludivine Sagnier et Kyan Khojandi sont assez géniaux sous leur perruque), je trouve que les acteurs adultes manquent parfois de conviction. Notamment le personnage de la grand-mère que je trouve moins bien écrit ici par rapport à la BD où elle apparait plus sympa.

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Le gros souci avec Ludivine Sagnier, c’est que malgré ses lunettes et sa perruque, elle est bien trop jolie dans le rôle !

Pour en rester aux points négatifs, il y a un truc qui m’a un peu dérangé : je ne veux pas faire ma vierge effarouchée, mais j’ai trouvé que le niveau de langage est assez familier. J’avoue avoir été assez surpris par le nombre de « merde » ou « putain » dans ce film. Certes, ça rend le film plus contemporain et réaliste, mais étant donné que le reste du film ne l’est pas forcément, était-ce utile ? D’autant plus que je n’ai pas le souvenir d’un tel niveau de langue dans la BD.

Si j’ai bien conscience que ce film parlera surtout aux fans de Lou !, je pense qu’il a des qualités qui plairont à un public plus large : l’univers fantaisiste et poétique est réussi et les jeunes acteurs apportent une énergie qui porte le film. J’ai bien conscience qu’il y aurait tellement plus à dire sur la BD ou même sur le film, mais le mieux si vous ne connaissez pas encore c’est d’aller la lire et de voir ce film sincère qui donne le sourire.

Pour conclure, faisons-nous plaisir la chanson du générique de fin :

Bonus stage : voilà les dédicaces que j’ai eues de Julien Neel.

Dédicace qui date du Salon du livre de 2007 (tome 1)

Dédicace qui date du Salon du livre de 2007 (tome 1)

Dédicace qui date du Salon du Livre de 2007 (tome 3)

Dédicace qui date du Salon du Livre de 2007 (tome 3)

Dédicace qui date de la rencontre avec Julien Neel à la sortie du tome 6 en 2012

Dédicace qui date de la rencontre avec Julien Neel à la sortie du tome 6 en 2012

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6 réflexions au sujet de « « Lou, Journal Infime » – Tout le monde dit « I love Lou ! » »

  1. Ping : [Dédicaces] « Lou !  de Julien Neel | «Les butins du mercredi

  2. Hahaha j’adore la deuxième dédicace 😀

    Sinon, chouette récap’ de ce qui fait le charme de la BD et du film, ça m’a fait me rendre compte que je ne me souviens pas d’un tas de trucs dans la BD et qu’il faut que je relise mes tomes ^^

    Dans le film, j’ai aussi adoré les passages en animation avec Sidéra (mais TOUT dedans : le style, l’animation, la narration qui nous parles des cosmos parallèles…) et la décoration surchargée de petits objets rigolos, par contre je suis encore plus mitigé concernant les acteurs. Celles qui incarnent Lou, sa mère et Mina ont un jeu très plat je trouve, même Ludivine Sagnier donne l’impression de surjouer dans la plupart de ses scènes (mais pas toutes). Méga coup de cœur sur la première apparition de Marie-Emilie par contre (n’importe laquelle de ses apparitions en fait… « le sommeil, mais quel concept bourgeois ! » bwahahaha), et j’ai bien aimé les rôles secondaires. A un moment j’en avais juste marre d’entendre les monologues de Lou par contre.

    • J’adore aussi la dédicace de la grand-mère 😀

      Concernant l’actrice principale, je l’ai trouvée super bien dans le rôle. Le film souligne pas mal le côté égoïste et névrosé de Lou et l’actrice le joue assez bien. Pour les monologues, je pense que ça vient d’un problème de rythme dans le film où un moment il ne se passe plus rien. A plusieurs reprises, je pensais que le film se terminait à cause des decrescendos et des baisses de tension. Mais Lola Lasseron a une voix assez agréable qui fait que ces monologues passaient plutôt bien avec moi 🙂

      Concernant Ludivine Sagnier, en dehors de sa transformation physique assez impressionnante (et encore l’une des scènes finales où on la voit en sous-vêtements, elle est trop bien gaulée pour le personnage ;)) , je ne l’ai pas trouvée toujours très juste. Comme tu dis, elle surjoue pas mal et semble parfois complètement à côté du personnage : son je-m’en-foutisme semble beaucoup trop prononcé. Sans parler de Nathalie Baye que j’ai trouvée mauvaise.

      Alors que les jeunes acteurs comme Tristan ou Marie-Emilie (qui m’a beaucoup fait rire) sont plutôt bons. L’actrice qui joue Mina n’a un visage très expressif (on a l’impression qu’elle fait la tronche tout le temps) mais elle a une très bonne diction et un bon jeu vocal ! Les scènes avec les Barbies sont à mourir de rire et elle y est beaucoup 🙂

      • Ouiiiii, les scènes avec les barbies, je les avais oubliées alors qu’elles m’ont fait éclater de rire 😀 En y repensant en fait, l’acteur dont la prestation m’a le plus marqué c’est… le chat. Il est tellement mignon et a l’air tellement intéressé par tout ce qu’il se passe autour de lui (au lieu de juste se ramener quand c’est l’heure des croquettes) que pendant un moment je me suis demandé s’il n’était pas en images de synthèse. Mais non, il doit juste être super bien dressé o_o

    • A priori ce n’est pour l’instant pas prévu. D’après les diverses interviews de Julien Neel que j’ai lues et entendues, il bosse surtout sur la suite des ses BD : le tome 7 de Lou notamment où il expliquera en partie le pourquoi du tome 6, la suite de Polpette ainsi que sur un nouveau projet.

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