Les yeux étaient-ils plus carrés avant ? Micro-réflexion

Suite à mon précédent article (que j’ai trouvé incomplet à la relecture et sur lequel il faudra vraiment que je revienne), je me dis que les choses ont bien changé depuis ma lointaine jeunesse mais surtout ça m’a amené à une petite réflexion.

J’ai 35 ans, et je suis de la génération qui a connu Récré A2 puis Dorothée. Je me souviens des rendez-vous quotidiens, des mercredis quasi-entiers devant la télé à suivre des dessins animés pas forcément adaptés au public de l’émission phare, à vrai dire la seule qui importait, le Club Dorothée qui aura marqué les gens de mon âge. Je ne vais pas me lancer dans des analyses et critiques sur cette période que d’autres personnes bien plus informées et compétentes que moi ont déjà faites : de nombreux livres ont été écrits à ce sujet, que je n’ai évidemment pas lus.

Force est de constater que comparées à cette époque, les émissions pour la jeunesse aujourd’hui ont beaucoup changé et évolué. Parmi les changements, on peut remarquer plusieurs points comme :

  • La disparition des présentateurs

L’une des choses les plus visibles dans les émissions dont j’ai parlé dans mon précédent article, c’est l’absence de présentateur. Il y a au mieux une voix off qui annonce le programme suivant mais aucune présence d’un animateur réel ou fictif (souvenez-vous des Minikeums par exemple). La dernière présentatrice d’émission pour enfants dont je me souvienne doit être Nathalie Vincent ou Karine Lima pour M6 Kids (et Wikipédia me dit que la dernière présentatrice de M6 Kids est Maeva Berthelot). Il est loin le temps des animateurs super-stars comme Dorothée et sa bande !

Pourquoi cette disparition ? Pour des questions de coûts ? Parce qu’une voix-off est moins bien payée qu’un animateur, surtout parce qu’on n’a pas besoin de studios de tournage ? J’avoue que je ne sais pas du tout.

  • Une grille des programmes moins étendue

Comme je le disais, il est loin le temps où le Club Do occupait des journées entières à la télévision. Sur les grandes chaînes généralistes (en gros, les 6 premières historiques), les programmes jeunesse passent aujourd’hui surtout le matin, sur un créneau de 6h30 à 8h45 environ en semaine et jusqu’à 11h les mercredis et les week-ends. Le créneau des dessins animés à l’heure du déjeuner a disparu des grilles des programmes sur France 5, Et rien à la sortie d’école vers 16h30. Ce sont surtout les chaînes de la TNT qui récupèrent un peu ces créneaux délaissés : France 4 (je viens de le voir) a récupéré les heures du déjeuner, très grand public !

Même Gulli qui est une chaîne spécialisée jeunesse  et qui passe des dessins animés, des séries et des émissions toute la journée, a une grille des programmes découpée par tranche d’âge : tôt le matin et à l’heure du déjeuner pour les plus petits, l’après-midi pour les grands, le début de soirée, il y a des séries et des émissions familiales et le soir des films ou téléfilms.

Sans compter que des chaînes comme NT1 ou D17, dont je n’ai pas parlé précédemment, passaient en fin d’après-midi des animés (des adaptations de manga japonais).

Je ne vais toujours pas parler des chaînes spécialisées (Tiji, Télétoon, Boomerang etc…) qui évidemment vont passer toute la journée des dessins animés.

Donc il y a a priori moins de temps d’occupation d’antenne aujourd’hui. Mais c’est un peu plus complexe que ça, comme on le verra plus bas.

  • Une programmation plus cloisonnée et plus consensuelle

Comme on l’a vu dans mon dernier article, dans les différentes émissions que j’ai présentées, il y a une cible précise, plus ou moins large, et qui permet aux parents d’avoir une idée de ce que leurs bambins vont regarder. On évitera de mettre un garçon de 10 ans devant Zouzous comme on n’aura peut-être pas envie que sa petite fille de 3 ans passe trop de temps devant Avengers. Chaque émission a suffisamment d’identité pour que les enfants et les parents s’y retrouvent. Fini le temps où on passait d’un Juliette je t’aime aux Chevaliers du Zodiaques ou d’un Collège Fou fou fou à un Ken le Survivant !

Il faut dire aussi que les dessins animés sont moins polémiques et que les directeurs de programme ont certainement des gens qui y ont jeté un plus qu’un œil avant de les diffuser. Ce qui est remarquable aussi par rapport aux années 1990, c’est la quasi-disparition des dessins animés japonais tant controversés qui sont cantonnés aux chaînes de la TNT comme NT1 (qui a les droits des fonds d’AB Productions) ou D17 ou des chaînes plus confidentielles situées au fin fond de la numérotation de la Freebox comme Game One, Nolife pour les gratuites. Le public de dessins animés japonais devient un public de niche, un public de connaisseurs qui sait où trouver les programmes qui l’intéresse (et souvent de façon pas très légale-légale).

  • La catch-up TV ou le Replay

Si on a vu que le temps d’antenne semble plus réduit qu’auparavant, c’est sans compter les services de Replay qui n’existent que depuis peu.

A la manière d’un DVD, le Replay permet aux parents de contrôler et de savoir ce que les enfants regardent. On évite généralement les publicités (même s’il y en a parfois avant le lancement de la vidéo), on peut choisir ce qu’on regarde, bien qu’il n’y ait pas toujours tout ce qu’on veut (Gulli ne met pas tout, au risque de le répéter, il manque Robocar Poli par exemple qui passe tous les midis). L’effet pervers, c’est que du coup, il y a des dessins animés tout le temps à toutes les heures. Et les enfants, ces petits démons, le comprennent très vite.

Alors quelle conclusion pour cet article sec, verbeux et sans gif animé débile ? Que les temps changent et que c’est pour le mieux ? Je ne suis pas un nostalgique qui regrette « le bon vieux temps » mais je ne crache pas dessus pour autant. Le Club Dorothée, c’était cool si on enlevait les sketchs débiles et les sitcoms abêtissantes (même à l’époque, je n’étais pas dupe). Mais, même si je suis le plus mal placé pour juger, aujourd’hui en tant que parent, je sais que je n’aurais jamais laissé mes enfants devant. Comme disait une copine, avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants.

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15 réflexions au sujet de « Les yeux étaient-ils plus carrés avant ? Micro-réflexion »

  1. Moi je suis nostalgique. Je préférais quand tout était moins aseptisé. Et je reste convaincue qu’on faisait de nous même la part des choses à l’époque.
    J’aurais des gosses je n’hésiterais pas à les planter devant un Ken ou un Candy.

    • Je ne crois pas que ce soit une question d’aseptisation mais plutôt une question de bien choisir ce qu’on diffuse. C’est un secret pour personne qu’à l’époque AB Productions achetait les dessins animés japonais pas chers par lots sans connaitre leur contenu. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

      Je ne suis pas nostalgique d’une époque où il n’y avait quasiment pas de choix. Je t’avoue que je suis incapable de te citer les dessins animés qui passaient sur la 2 ou dans les Minikeums, tellement ils étaient anecdotiques.

      La segmentation des émissions jeunesse fait que tu ne places pas un enfant de 4 ans devant Ken, parce qu’il n’y a que ça à la télé. Si les plus grands veulent de la baston, il y a France 4 (qui passe d’excellents dessins animés comme Young Justice), les autres chaînes de la TNT ou les chaînes pour otakus comme Game One (qui passent en boucle Naruto et Fairy Tail) ou Nolife (où je suis tombé sur une rediff de Nadia), par exemple. On a plus de choix.

  2. Je vois plusieurs explications à la disparition des animateurs. Dans l’histoire des programmes jeunesses, Dorothée et Les Minikeums font figure d’exception car ils ont tenu beaucoup plus longtemps que les autres, dont la durée de vie est estimée à deux ans ; l’absence de présentateurs et donc d’émissions à proprement parler permet de ne plus avoir à les renouveler régulièrement : il suffit de lancer les dessin-animés de manière sans le moindre décorum. Ensuite, je me souviens que France 3 a galéré le jour où ils ont voulu remplacer Les Minikeums : ils ont été incapables de trouver un concept solide qui tienne sur la durée, hormis celui accompagnant les productions Warner Bros. (et qui descend directement de Décode Pas Bunny). Ils ont fini par renoncer, et le modèle a ensuite fait école.
    Concernant les animes, il ne faut pas oublier les problèmes de quota de diffusion : au moins 60% de programmation européenne, et au moins 40% de programmation française ; cela laisse moins de place pour des productions souvent plus rentables et réalisant de meilleurs audiences, comme les long-métrages et séries américaines, contre lesquels les animes se retrouvent en concurrence. De plus, avec tout ce qui a pu se passer dans les années 80/90 avec (notamment) Ségolène Ière du Poitou, les chaines ont sans doute peur d’une mauvaise publicité.
    Par contre, avoir des émissions plus cloisonnées en fonction des publics me parait une bonne chose ; c’était impossible à l’époque du Club Do, où il n’y avait pas assez de chaines… Je me souviens encore de moi, zappant entre TF1, La Cinq, et France 3 pour échapper à Candy et à Juliette je t’aime, en attendant Les Chevaliers du Zodiaque.

    • Merci pour tes précisions.

      Bunny Tonic qui passe tous les dimanche matins continue dans la veine de Décode pas Bunny dont tu parlais.

      J’avais complètement oublié la question des quotas. Ceci étant, à part sur Gulli, il n’y a plus aucun dessin animé pour les jeunes enfants en ce moment (perso j’attends avec impatience l’animé de Chi). Après, je ne connais pas assez les animés actuels pour en parler. Mais l’air de rien, je trouve que ce qui se passe actuellement est plutôt bon et d’une bonne qualité. C’est bête mais je peux faire confiance aux émissions qui passent.

      • Il y a d’autres facteurs qui peuvent expliquer la disparition des animes. Dans les années 80/90, la plupart étaient importés directement par AB Productions, Bruno-René Huchez, et Silvio Berlusconi (via La Cinq et après un passage par l’Italie) ; sachant que souvent, les mêmes sociétés achetaient les programmes et produisaient les émissions pour les chaines. Mais tu avais aussi des séries comme Robotech ou Samourai Pizza Cats, qui elles correspondaient à des versions “internationalisées” conçues par des sociétés comme Harmony Gold, Saban, 4Kids, etc…
        Aujourd’hui, la plupart de ces sociétés n’existent plus ou ne travaillent plus dans les mêmes domaines, donc cela rend la diffusion d’anime plus difficiles pour les chaines, qui doivent passer par les antennes européennes de sociétés japonaises, ou par des éditeurs qui détiennent aussi les droits TV. Mais souvent, les diffuseurs français n’en veulent tout simplement pas. Parmi les séries jeunesse qui cartonnent au Japon, j’en vois au moins une dont aucune chaine ne veut, alors que Toei Europe fait son possible pour la vendre : Pretty Cure.

      • Ah ! C’est cool d’avoir un connaisseur qui complète mon article et corrige les erreurs 🙂

        On continue à avoir des séries « internationalisées » comme Pokémon ou les diverses séries de Yugioh. Gulli passe en boucle des trucs comme Beyblade (pour vendre des toupies), B-Daman (pour vendre des espèces de casse-brique avec des billes) ou encore Inazuma Eleven (pour vendre des jeux vidéos). En général, c’est distribué par des grands groupes liés aux grandes chaînes jeunesses américaines comme Cartoon Network, Disney 😄 ou 4Kids. Bref tous les succès des boutiques de jouets se retrouvent aussi en dessins animés.

  3. Je ne sais plus où (ni quand…), j’avais lu un article traitant de l’affaiblissement des dessins animés jeunesse. A l’époque, c’était « Hé Arnold ! » l’exemple du truc pas terrible.
    Et il était dit qu’il fallait voir aussi du côté de la violence. La violence avait été remplacée par l’humour. Autrefois, beaucoup de séries étaient violentes. Soit explicitement, soit implicitement. Violence physique, violence psychologique (Rémi sans famille…).
    Cette violence était parfois contestable ou contestée mais une partie de cette violence découlait de celle déjà présente dans les contes ou dans certaine littérature jeunesse (Les malheurs de Sophie…)
    Et donc on était passé à des séries d’humour. D’humour pour l’humour. Attention, ce n’était pas le fait qu’il y ait de l’humour, que ce soit de la comédie, le problème. C’était plutot le fait que l’humour soit le moteur de la série, la trame, le but etc.
    Bon je restitue d’après mémoire.
    Mais cela m’avait interpellé (déjà, on donnait un véritable argument). Et je trouve cette explication se vérifie plutôt.

    D’ailleurs les séries d’humour ont tendance à ne pas pouvoir évoluer dans l’histoire générale (jamais Titeuf ne charmera Nadia assez durablement pour qu’il y ait un arc où leur amour est chose acquise)

    Tiens, j’ai pas mal regardé Les Razmocket, même si j’étais déjà (très) grand. Une série qui a marqué un peu les esprits. Pourquoi je suis assez étonné de voir l’un des personnages de la série sur cette planche hommage de Claude Ponti : http://thanagra.typepad.com/.a/6a0133f3c0e2ec970b0133f3c0e814970b-pi
    (Tirée de « Blaise et le château d’Anne Hiversère »).

    • L’illustration de CLaude Ponti est magnifique ! Elle rendrait super bien en poster dans la chambre des enfants !

      Pour la comédie, je ne sais pas. Ça dépend du genre et du public visé, je pense. Mais grosso modo, je suis d’accord que la majorité des productions françaises sont des comédies, faciles à vendre. Il y a bien des cas comme le Petit Prince ou le Ranch, qui ne traitent peut-être pas de sujet aussi glauque qu’un Rémi sans famille ou d’un Chien des Flandres, mais qui sont un tout petit peu plus graves que le reste des dessins animés français. Comme partout il y a des exceptions.

      Après, il y a toujours des dessins animés d’action pour les plus grands. Ou encore comme je l’évoquais dans une note précédente des dessins animés un peu philosophiques ou un peu culturels.

      • Comme je disais, ce n’est pas la comédie le problème. C’était d’avoir substitué la violence par un humour.

        Sinon, tu as aussi dit un truc non anodin : « pour les plus grands ». Or, je n’ai pas l’impression que nous avions à l’époque une telle hiérarchie. Il y avait les dessins animés pour bébés et les autres, « les vrais ». Je veux dire, il y a avait la tranche 0-5 ans (diffusée très très tôt le matin) et la tranche des 5-15 ans.

        D’ailleurs, et je pense que tu en parleras dans un billet hors-série, nous avions également des séries live, qui étaient diffusées pour nous explicitement, ou non explicitement. Je ne pense pas qu’à Bioman et aux autres sentai.
        Je pense à Macgyver (diffusé officiellement pour les ado mais regardé par petits et grands (voire tout petits et grands parents).
        Je pense surtout à Supercopter. En 1986/1987, j’étais en maternelle/CP. Je n’avais pas la Cinq, je n’ai jamais eu la Cinq, d’ailleurs. Pourtant, mon meilleur copain et d’autres camarades, parlait quotidiennement de l’épisode de Supercopter de la veille (je n’ai d’ailleurs jamais compris s’ils regardaient en direct ou en enregistrant…)

        La question est « est-ce que Supercopter était fait pour les petits enfants ? ». Je n’en sais rien, je n’ai jamais vu la série, autant que je souvienne. (Moi, ce n’est pas mieux, je refusais de me coucher le soir, je voyais donc le film du soir… même si l’on avait réussi à me mettre au lit, niark niark)
        Bref, je n’ai jamais entendu parler de Supercopter que par des enfants…

  4. Key >> Clairement, les principales chaines ne diffusent plus que des animes internationalisés, car il leur suffit de passer par des partenaires qu’ils connaissent déjà. Et encore, avec 4Kids qui a frôlé la banqueroute en 2012 et a perdu la licence Pokemon, et Saban qui a aussi eu des difficultés, il y a sans doute moins de séries « adaptées » pour le public occidental, hormis de grosses licences déjà présentes en Europe via des gammes de jouet comme tu le dis si bien.

    A une époque, Midi les Zouzous diffusait systématiquement un anime à la fin de leur émission. De mémoire, il n’y a eu qu’un seul inédit – la suite d’Olive et Tom – et pour le reste, nous étions vraiment sur des classiques et des co-productions européennes ; ils ont ainsi rediffusé Cynthia et le Rythme de la Vie, Sandy Jonquille, Les Mystérieuses Cités d’Or, Ulysse 31, Les 4 Filles du Docteur March, Olive et Tom, Princesse Sarah, Jeanne et Serge, et j’en oublie sûrement. Ils avaient une véritable politique de remise en avant de ces séries, mais apparemment, ce n’est plus le cas depuis quelques années. Dommage.

      • Je ne crois pas, car AB Prod possède des chaines de télévision – IDF1, AB1, AB Cartoon/Mangas – depuis longtemps. Par contre, ils n’ont pas renouvelé nombre de licences, dont certaines ont d’ailleurs été depuis récupérées par Black Box, Kaze, ou encore IDP. Je pense qu’une des raisons de leur disparition vient de là.

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