« Thomas le petit train » ou comment ne pas sortir des rails

L’un des premiers dessins animés que j’ai regardé en boucle avec Fiston, c’était incontestablement Thomas le Petit Train qui était dans un DVD accompagnant l’un des nombreux magazines qui nous font comprendre à quel point on a raté l’éducation de nos enfants. (Petite parenthèse, je me souviendrai avec émotion de la une d’un de ces magazines titrant « Vos enfants regardent-ils trop la télé ? » accompagné d’un DVD de dessins animés. Fin de la parenthèse).

Thomas et ses amis

La joyeuse bande de Chicalor !

Présentation (ou la partie chiante et rébarbative de l’article)

Thomas le Petit Train (en VO Thomas and Friends) est comme Sam le Pompier un dessin animé britannique assez ancien qui a commencé dans les années 1980. Créé par Britt Allcroft, grande papesse des dessins animés britanniques des années 80, Thomas est à la base adapté de livres de jeunesse écrits par le Révérend Awdry pour son fils Christopher. Au grand désespoir du Révérend et de ses héritiers (mais heureusement pour nous), toute allusion à la religion a été supprimée dans les dessin animés.

Les épisodes ont longtemps été tournés à partir de maquettes de trains jusqu’en 2008, soit une dizaine de saisons. Certes, les locomotives avaient des visages assez figés qui fichaient un peu (en fait beaucoup) les chocottes (au point où j’ai une théorie complotiste sur la volonté évidente des producteurs de l’époque pour traumatiser une génération entière d’enfants), mais en grand fan d’animations en stop-motion, elles avaient un certain charme et une authenticité qu’aucune image faite par ordinateur ne pourra remplacer (minute vieux schnock). Avec une recherche simple, on peut trouver quelques uns de ces épisodes sur Youtube notamment.

On se croirait revenus aux pires heures de Téléchat !

Thomas en miniature. Même si je trouve ça chouette, on se croirait revenus aux pires heures de Téléchat !

On peut distinguer 3 grandes périodes dans l’animation de ce dessin animé. A ses débuts en 1984, il s’agissait de maquettes de trains dont on changeait les visages pour leur donner différentes expressions et seuls les yeux bougeaient. Les lèvres étaient immobiles mais comme l’histoire était racontée par un narrateur comme dans un livre, ce n’était guère gênant. Les personnages humains étaient de petites figurines immobiles. Puis en 2008, si on a gardé les maquettes et les miniatures, les visages des locomotives et les personnages humains et animaux sont animées par images de synthèse. Les effets de fumée, d’ombres et les détails des maquettes restent et font que ça donne un résultat très joli que j’aime beaucoup.

Grâce au CGI, la bouche bouge quand les locomotives parlent et leurs visages sont plus expressives (et moins effrayantes).

Grâce au CGI, la bouche bouge quand les locomotives parlent et leurs visages sont plus expressifs (et moins effrayants).

Mais dès 2009, tout sera fait en images de synthèse, donnant un côté plus clinique et plus impersonnel à la série, qui perd les petits détails et effets qu’on pouvait trouver dans les anciennes maquettes ultra-précises.

Thomas en full HD

Thomas en full HD !

Il faut savoir également que Thomas le Petit Train est une institution en Grande-Bretagne et qu’on le trouve un peu partout (jouets, pyjamas, boîtes de goûter etc…). A tel point que très vite des personnalités comme Ringo Star ou Pierce Brosnan, pour le Royaume-Uni ou Alec Baldwin pour les États-Unis ont participé activement au doublage de ce dessin animé en tant que narrateurs. Produite successivement par Clearwater Features, the Britt Allcroft company et Gullane Entertainment, la série de Thomas le Petit Train est actuellement réalisée par HiT Entertainement à qui on doit l’inénarrable Sam le Pompier, mais aussi Bob le Bricoleur ou Mike le Chevalier !

Concernant la version française, elle est de très bonne qualité : un excellent générique bien entraînant et qui reste dans la tête et d’excellents doublages. Il y a d’ailleurs a priori deux versions françaises, une pour Gulli où la voix du narrateur est masculine et une pour France 5 où c’est une narratrice qui raconte les aventures des locomotives. Le plus étrange, c’est que ces deux versions existent pour les mêmes épisodes. (Si vous avez une réponse, n’hésitez pas à me contacter !). Actuellement, ça passe tous les matins vers 6h30 sur Gulli (mais c’est disponible en Replay).

De quoi ça parle ?

Comme vous l’avez compris, dans Thomas le Petit Train, il sera question de trains et de locomotives. Les histoires se passent sur l’île de Chicalor qui est dotée d’un grand réseau ferroviaire qui va partout et qui est peuplée de trains (à vapeur ou non) qui ont la particularité de parler aux humains à qui ils obéissent et rendent service. Car les locomotives adorent travailler et rendre service, en plus de toujours rester sur les rails et de ne jamais en sortir (voyez-vous la morale appliquée aux enfants ?). La majorité des épisodes, comme dans la plupart des dessins animés destinés à un jeune public, est toujours construite suivant le même schéma.

Dans Thomas, le schéma grosso modo est le suivant : le personnage mis en avant dans l’épisode (Thomas ou une autre locomotive) se voit confier une tâche, mais soit parce qu’il n’a pas écouté les conseils, soit emporté par la vanité et l’arrogance, il commet une bêtise qu’il va réparer avant la fin de l’épisode. Bref un sermon sans le côté religieux.

Personnages

Étant donné le grand nombre de personnages qu’on retrouve dans ce dessin animé, je vais me limiter aux principaux, à savoir quelques uns parmi ceux qu’on cite dans le générique et 2 ou 3 autres qu’on retrouve très régulièrement.

Pratique, même pas besoin de légende !

Pratique, même pas besoin de légende !

Thomas : Le héros de ce dessin animé, Thomas est une locomotive à vapeur bleue qui porte le numéro 1.

Derrière ce visage constamment ahuri, se cache la fine fleur de Chicalor !

Dans le générique, il est dit que « Thomas est le plus culotté ! ». Et bien souvent les génériques résument bien le dessin animé.

C’est un peu le chef de la bande et le chouchou du Gros Contrôleur, sur lequel je vais revenir longuement. Volontaire, courageux et travailleur, il adore rendre service (comme toutes les locomotives, comme on va vite le remarquer). Mais ça ne l’empêche pas d’être fier et de n’en faire qu’à sa tête. Il ne supporte pas d’être considéré comme une « petite locomotive ». Ses wagons officiels sont Annie et Clarabelle.

James : La belle locomotive rouge, la préférée des enfants, porte le numéro 5.

"James, il nous fait rigoler" pour reprendre le générique.

« James, il nous fait rigoler » pour reprendre le générique.

Vaniteux au plus haut point, James est très fier de sa superbe peinture rouge qu’il ne supporte pas de voir salie. Refusant les tâches ingrates comme tirer des wagons de marchandise et méprisant la plupart de ses collègues auxquels il se sent supérieur, il sera très souvent victime des airs hautains.

Percy : Locomotive verte portant le numéro 6.

Toujours d'après le générique, "Percy s'occupe du courrier".

Toujours d’après le générique, « Percy s’occupe du courrier ».

Petit rondouillard un peu neuneu, il est souvent la risée des locomotives à diesel, les méchants de la série.

Gordon : Grande locomotive bleue portant le numéro 4.

Blabla générique bla "Gordon est toujours pressé"

Blabla… générique bla… « Gordon est toujours pressé »

Gordon se distingue de Thomas avec son nez fin et ses grandes pommettes (mais aussi avec une plus petite cheminée). Gordon est l’une des locomotives les plus puissantes et les plus rapides de Chicalor. C’est lui qui tire le train express de la ville. Arrogant et hautain lui aussi, il lui arrive d’avoir des moments de gentillesse.

Emily : L’une des rares locomotives féminines, Emily est une locomotive verte et ne porte pas de numéro.

"Emily a réponse à tout"

« Emily a réponse à tout »

L’équivalente d’Hermion Granger en moins sexy, Emily est une Madame je-sais-tout aux grands airs qui aime donner des ordres à tout le monde. En gros, c’est la grande sœur relou de la bande !

Henry : Locomotive verte, Henry porte le numéro 3.

"Henry siffle, souffle et s'étouffe" (pas facile à répéter très vite 5 fois de suite)

« Henry siffle, souffle et s’étouffe » (pas facile à répéter très vite 5 fois de suite)

Avec ses pommettes et ses rides, c’est celui que je trouve le plus flippant depuis que j’ai vu ce gif animé :

Ce n'est évidemment pas dans le dessin animé. Tout au plus dans les scènes coupées.

Ce n’est évidemment pas dans le dessin animé. Je devrais chercher parmi les scènes coupées.

Plus sérieusement, Henry, sûrement à cause de ses problèmes d’asthme évoqués dans le générique, adore se balader en forêt (sûrement en détournant ses wagons de voyageurs, ce qui est une lubie partagée par toutes les locomotives de la série). Une sorte de baba cool amoureux des arbres.

Édouard : Édouard est une locomotive bleue portant le numéro 2.

"Edouard, prêt à nous aider"

« Édouard, prêt à nous aider »

C’est l’une des plus vieilles locomotives de Chicalor mais c’est aussi la bonne pâte de la série.

Toby : Tram à vapeur en bois, Toby porte le numéro 7.

"Toby, lui il est carré !" Mais il est surtout victime d'une panne d'inspiration et de rimes des auteurs. (A noter qu'en anglais, ça donne aussi "Toby, let's say he's square")

« Toby, lui il est carré ! » Mais il est surtout victime d’une panne d’inspiration et de rimes des auteurs. (A noter qu’en anglais, il y a aussi le même problème moment d’écrire la chanson puisque ça donne : « Toby, let’s say he’s square »)

Manquant de confiance en soi, timide et légèrement peureux. Bref, à la cantine, Toby ne doit pas manger à la table des gars cools et populaires.

Le Gros Contrôleur : Il s’appelle en réalité Sir Topham Hatt, un nom qui est bien plus utilisé aux USA qu’en Grande-Bretagne, pour des raisons de « politiquement correct ». Il est plus connu chez nous sous son surnom de Gros Contrôleur.

Alias le Don Corléone de Chicalor

« Je ne suis pas gros, juste un peu enrobé ! »

Il est reconnaissable, non seulement parce qu’il est le seul humain à interagir et à parler vraiment avec les locomotives, mais surtout par son chapeau haut-de-forme, sa veste queue-de-pie et son gilet jaune. Oui, un peu comme le bonhomme du Monopoly, le monocle et la moustache en moins ! Figure paternelle voire paternaliste, il représente l’autorité suprême sur la petite île de Chicalor. Sévère mais juste, c’est lui qui remet sur les bons rails les locomotives égarées. Il aime que les choses soient bien faites et ne cesse de répéter qu’une bonne locomotive est avant une locomotive travailleuse et qui sait se rendre utile ! Il suffit qu’il fasse les gros yeux pour que les locomotives, même les plus rebelles comme les diesels, commencent à suer à grosses gouttes et à s’oublier dans leur tender de trouille !

A noter qu’il n’hésite pas à se servir des trains et du réseau de chemins de fer de l’île à des fins personnels comme balader sa petite famille ou faire ses courses par exemples. Ouaip, comme un homme politique français ou un Señor Presidente d’une République bananière.

Victor et Kevin : Respectivement une locomotive rouge et un chariot élévateur, ils s’occupent de l’atelier de réparation.

Ce sont des personnages secondaires réguliers de la série.

Ce sont des personnages secondaires réguliers de la série.

Alors que Victor n’a pas l’air de traiter trop mal Kevin (mais c’est peut-être aussi dans les scènes coupées), ce dernier adore jouer les souffre-douleur en s’auto-flagellant à chaque problème et étant très obséquieux avec tout le monde. Personnellement, Kevin est un personnage qui me sort par les yeux.

Les Diesels : Locomotives à diesels très puissantes, elles n’en sont pas moins réduites aux tâches ingrates et pénibles, renforçant leur rancœur envers les locomotives à vapeurs, les petits chouchous du Gros Contrôleur.

Malgré leur tête de fouine vicieuse, dans l'un des derniers films de Thomas, on en apprend plus sur les diesels et on arrive presque à les excuser pour avoir séquestrer Kevin (rien que pour ça, elles méritent ma sympathie).

Malgré leur tête de fouine vicieuse, dans l’un des derniers films de Thomas, on en apprend plus sur les diesels et on arrive presque à les excuser pour avoir séquestrer Kevin (rien que pour ça, ils méritent ma sympathie).

Les diesels jouent souvent le rôle du méchant, c’est surtout vrai pour Diesel 10, une locomotive psychopathe qui est devenu un mème pour des scènes mythiques d’un film de Thomas de 2000, avec des acteurs en vrai comme Alec Baldwin ou encore Peter Fonda ! Il est de retour dans les nouvelles séries et il est l’instigateur de la révolte des diesels dans l’un des derniers films (qui était passé pendant les fêtes de Noël 2013 sur France 5, il me semble).

Avec sa tête, il peut difficilement jouer les jeunes premiers.

Avec sa tête, il peut difficilement jouer les jeunes premiers.

Avis

Ce dessin animé est dans son ensemble assez agréable : malgré l’animation en images de synthèse, nettement moins jolies que celle avec les maquettes, c’est plutôt sympa à regarder. Les trains gardent leur aspect de jouets qui parlent aux enfants. Le générique français (très proche du générique anglais) est joli et se retient facilement.

Les personnages sont plutôt attachants : on suit sans problème les diverses péripéties de ces locomotives dont les petits malheurs rappellent ceux des enfants. Chaque épisode se présente comme une fable avec un cas de conscience devant lequel est confronté Thomas ou ses amis. Nos héros sont souvent victimes de leur propre arrogance et leur vanité mais ils s’empressent de réparer les dégâts qu’ils ont causé de peur d’être sanctionnés par le Gros Contrôleur.

Comme il est répété à chaque épisode, les locomotives sont avant tout serviables, obéissantes, travailleuses et gentilles. Surtout elles ne remettent jamais en cause l’ordre établi et ne sortent jamais des rails que ce soit littéralement ou métaphoriquement. N’oublions pas que le créateur de Thomas était un révérend pour qui l’apprentissage de l’obéissance était plus important que l’apprentissage du libre-arbitre. De même, il n’y a que peu de personnages féminins (Emily alias « Madame Je-sais-tout », en tête) et leurs descriptions sont peu flatteuses.

Malgré ces aspects un peu négatifs ou polémiques quand on creuse un peu la question, Thomas le Petit Train reste un bon dessin animé qui non seulement divertit et amuse les enfants mais qui leur permet aussi, à la manière d’un conte ou d’une fable, d’en tirer une morale qui les aidera à grandir.

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12 réflexions au sujet de « « Thomas le petit train » ou comment ne pas sortir des rails »

  1. Oui, j’ai aussi toujours eu très peur de la tête de Thomas (qui me rappelle bien sûr Télé-chat) donc je n’ai jamais regardé (et puis les gâteaux de chez Marks & Spencer avec Thomas la locomotive, ça n’est guère rassurant…).

    Bravo pour l’article, il est awesooooome!

    • Tu es bien clément 🙂

      Sinon c’est vrai que les vieux épisodes de Thomas sont vraiment très flippants mais les jouets sont très jolis ! Les die-casts en métal sont très chouettes ! Mais je reconnais que je ne suis pas prêt à goûter aux céréales.

  2. Je note en tout cas que ce n’est pas parce qu’on a une petite cheminée qu’on n’est pas plus puissant que les autres ! Et ça c’est une chouette moralité à apprendre aux petits garçons !

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